LAMal vs CMU : Le guide pour ne pas se tirer une balle dans le pied
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Le "droit d'option" n'est pas une formalité administrative. C'est un tatouage financier.
Soyons clairs dès le début. Vous venez de signer votre contrat en Suisse. Vous êtes euphorique, vous convertissez mentalement vos francs suisses en euros et vous imaginez déjà votre nouveau pouvoir d'achat.
Mais il y a un formulaire sur votre bureau. Celui du Droit d'option.
La plupart des nouveaux frontaliers le remplissent à la va-vite, entre deux cartons de déménagement, souvent conseillés par un ami qui travaille à Genève depuis 10 ans ou par un courtier douteux.
C'est une erreur fatale.
Le choix entre la LAMal (système suisse) et la CMU (système français) est irrévocable. Une fois la case cochée et le délai de 3 mois passé, c'est terminé. Vous ne pourrez pas changer d'avis l'année prochaine parce que vous aurez réalisé que vous perdez de l'argent. Vous ne pourrez pas changer d'avis dans 5 ans. Vous êtes lié à ce système, sauf changement drastique de situation (chômage, divorce, retraite), pour toute la durée de votre carrière en Suisse.
Si vous vous trompez aujourd'hui, vous allez payer pour cette erreur chaque mois pendant les 20 prochaines années. Ce guide n'est pas là pour vous faire plaisir. Il est là pour vous empêcher de ruiner votre expatriation.
L'analyse : Comprendre la mécanique du piège
Pour faire le bon choix, il faut comprendre ce que vous signez. Le combat LAMal vs CMU n'est pas un débat idéologique sur la qualité des soins (même si nous y reviendrons). C'est un calcul mathématique froid.
1. La CMU (Le système français) : La fausse amie solidaire
La CMU (CNTFS pour les frontaliers) fonctionne sur un principe de solidarité : vous payez en fonction de ce que vous gagnez.
- Le coût : 8% de votre Revenu Fiscal de Référence (après un abattement forfaitaire d'environ 25% du plafond de la Sécurité sociale, soit environ 11 000 € exonérés).
- La dynamique : Plus votre salaire augmente, plus votre cotisation explose.
- La couverture : Vous êtes soigné en France. L'accès aux soins en Suisse est restreint aux urgences vitales.
2. La LAMal (Le système suisse) : La prime de risque fixe
La LAMal pour frontaliers fonctionne comme une assurance privée à prime fixe (bien que régulée par l'État fédéral).
- Le coût : Une somme fixe par tête (adulte ou enfant), quel que soit votre salaire. Actuellement, pour un frontalier, cela tourne autour de 160 à 350 CHF par mois selon l'assureur et la franchise, par adulte.
- La dynamique : Que vous soyez CEO ou stagiaire, le prix est le même. Si votre salaire double, votre prime ne bouge pas.
- La couverture : Vous êtes couvert en Suisse ET en France (grâce au formulaire E106). Vous avez le meilleur des deux mondes.
Le calculateur : La preuve par les chiffres
C'est ici que le piège se referme sur les hauts revenus qui ont choisi la CMU par habitude culturelle. Prenons deux profils pour illustrer la violence de l'écart financier.
Cas n°1 : Jean, cadre IT senior
- Situation : Célibataire, 35 ans.
- Salaire brut annuel : 120 000 CHF (environ 125 000 €).
- Revenu fiscal de référence (estimé après déductions) : 100 000 €.
Option CMU (8% du RFR)
Jean paie 8% sur la part de son revenu qui dépasse l'abattement (disons sur une base de 89 000 €).
- Coût annuel : ~7 120 €
- Coût mensuel : ~593 €
- Et si Jean obtient une augmentation de 20k ? Sa cotisation grimpe immédiatement.
Option LAMal (Prime fixe)
Jean choisit un modèle frontalier standard (ex: Helsana ou Swica).
- Coût mensuel moyen : ~320 CHF (~330 €)
- Coût annuel : ~3 960 €
Le bilan : En choisissant la CMU, Jean jette par la fenêtre 3 160 € nets par an. Sur 10 ans, c'est une perte sèche de plus de 30 000 €, sans compter les intérêts composés qu'il aurait pu générer en plaçant cette somme. Jean s'est tiré une balle dans le pied.
Cas n°2 : Sophie, mère de famille monoparentale, assistante administrative
- Situation : 2 enfants à charge.
- Salaire brut annuel : 65 000 CHF.
- Revenu fiscal de référence : ~55 000 €.
Option CMU
Base taxable (55k - 11k abattement) = 44 000 €.
- 8% de 44 000 € = 3 520 € / an (soit 293 € / mois).
- Les enfants sont couverts sans surcoût (ayants droit).
Option LAMal
Sophie paie pour elle (~330 €) + pour ses deux enfants (~100 € par enfant).
- Total mensuel : 530 €.
- Total annuel : 6 360 €.
Le bilan : Ici, la LAMal est presque deux fois plus chère. Sophie doit impérativement choisir la CMU.
Le twist psychologique : Ce que votre choix dit de votre carrière
C'est le moment de vérité. Le moment où je dois être un peu brutal pour votre bien.
Si, après avoir fait vos calculs, vous réalisez que la CMU est mathématiquement plus intéressante pour vous, ce n'est pas une "bonne nouvelle".
C'est un signal d'alarme rouge clignotant sur votre tableau de bord de carrière.
Pourquoi ?
Parce que le seuil de rentabilité (le point de bascule où la LAMal devient moins chère que la CMU) se situe généralement autour d'un salaire annuel de 75 000 CHF pour un célibataire (et plus haut pour une famille).
Si la CMU est avantageuse pour vous, cela signifie crûment que :
- Votre salaire suisse est trop bas par rapport au coût de la vie réel et aux standards du marché.
- Vous avez probablement accepté un poste mal qualifié ou vous avez terriblement mal négocié votre entrée.
- Vous subissez le coût de la vie suisse au lieu de le dominer.
En Suisse, la santé coûte cher. Très cher. Les primes augmentent chaque année. Seuls les profils Executive ou les experts techniques bien rémunérés s'en sortent sans douleur.
Choisir la CMU, c'est souvent admettre implicitement : "Je ne gagne pas assez pour m'offrir le système privé suisse, donc je reste sous la tutelle du système français basé sur mes revenus modestes."
C'est dur à entendre ? Peut-être. Mais c'est la réalité du marché.
Les dommages collatéraux invisibles
Au-delà du simple calcul mensuel, choisir la CMU quand on a un profil évolutif est un pari risqué pour trois autres raisons :
-
L'accès aux soins ("Le désert médical") :
Avec la CMU, vous dépendez du système de santé français côté frontalier (Ain, Haute-Savoie). Avez-vous essayé de trouver un médecin traitant ou un spécialiste dans le Pays de Gex ou près d'Annemasse récemment ? C'est le parcours du combattant.
Avec la LAMal, vous avez accès aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ou au CHUV à Lausanne. La qualité et la rapidité de prise en charge n'ont rien à voir. -
La fiscalité sur le patrimoine (CSG/CRDS) :
C'est un point technique souvent ignoré. Si vous êtes à la CMU, vous êtes considéré comme affilié à la Sécurité Sociale française. Cela peut avoir des impacts lourds sur la taxation de vos revenus du patrimoine (revenus locatifs, dividendes, plus-values immobilières), assujettis à la CSG/CRDS (17,2%). Les affiliés LAMal peuvent, dans certains cas juridiques précis, contester cet assujettissement (jurisprudence de Ruyter), bien que la France tente de verrouiller cela. -
L'évolution de carrière (Le plafond de verre) :
Vous commencez à 70k CHF (zone CMU). Vous passez manager à 110k CHF trois ans plus tard. Si vous avez signé pour la CMU, votre "taxe santé" va augmenter brutalement de plusieurs milliers d'euros par an. Votre augmentation de salaire sera en partie "mangée" par la CMU.
Si vous aviez pris la LAMal, votre prime serait restée stable, et l'augmentation aurait fini directement dans votre poche.
Conclusion : Ne subissez pas, dominez.
Le choix de l'assurance maladie frontalier est le premier test de votre intelligence financière en Suisse.
- Si vous êtes célibataire et gagnez plus de 75 000 CHF : LAMal (sans hésitation).
- Si vous êtes en couple, que les deux travaillent en Suisse : LAMal (chacun la sienne).
- Si vous avez une famille nombreuse et un seul salaire modeste : CMU (par nécessité, pas par choix).
Mais n'oubliez jamais le "twist". Si vous êtes contraint de choisir la CMU aujourd'hui parce que votre salaire est trop bas, votre priorité absolue ne doit pas être de remplir ce formulaire, mais de revoir votre stratégie de carrière.
Ne laissez pas le système grignoter 8% de vos efforts.
Ne subissez pas le coût de la vie suisse. Dominez-le avec un salaire adapté à la réalité du marché.
Les vrais salaires suisses choisissent la LAMal car ils gagnent trop pour que la CMU soit rentable. Êtes-vous sûr d'avoir le bon package ?
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